Le lac qui a englouti une plateforme de forage
Le 20 novembre 1980, une équipe travaille sur le lac Peigneur, en Louisiane. Un foret bloqué interrompt le forage.

Les ouvriers essaient de dégager le foret, bloqué sous le lac. Puis des craquements se font entendre et la plateforme commence à pencher.
L’équipe qui travaille pour Texaco quitte l’installation et gagne la rive. Derrière elle, le derrick disparaît dans l’eau.
Le Peigneur, près de New Iberia, est un lac peu profond, fréquenté par des pêcheurs. Le matériel de forage se dressait au-dessus de quelques mètres d’eau. Il vient de s’y enfoncer tout entier.
À sa place, l’eau tourne. Des barges et des bateaux sont entraînés vers le même endroit.
Rejoindre la rive
Leonce Viator est venu pêcher avec son neveu Timmy Dore. Depuis leur embarcation, ils voient les bateaux se diriger vers le trou. Eux cherchent à rejoindre la rive.
Viator racontera à l’agence UPI qu’ils parviennent à terre, attachent leur bateau à un arbre et s’éloignent en courant. Lorsqu’ils regardent derrière eux, l’arbre est emporté à son tour.
La berge s’effondre. Le tourbillon entraîne maintenant de la terre, des arbres, des morceaux du paysage. Aux jardins de Live Oak, des serres et un bâtiment d’accueil cèdent. Des familles doivent quitter leurs maisons tandis que le bord du cratère continue à reculer.
Sous le lac, ce matin-là
Ce matin-là, des hommes travaillent aussi à plusieurs centaines de mètres sous terre.
Une mine de sel s’étend sous une partie du Peigneur. Diamond Crystal y exploite des galeries creusées dans un immense dépôt souterrain. Des dizaines d’hommes y sont descendus travailler.
À près de 400 mètres de profondeur, le chef électricien aperçoit de l’eau boueuse. Le courant emporte des fûts et du matériel. Il avertit ses collègues, et les responsables lancent l’évacuation.
Les mineurs suivent les procédures d’évacuation. Ils rejoignent la sortie et restent en liaison avec l’opérateur chargé de les remonter. Mais quatre hommes travaillent dans une zone éloignée où les signaux d’alerte ne sont pas arrivés. Des responsables vont les chercher en véhicule.
En une cinquantaine de minutes, tous sont sortis.
L’eau qui envahit leur mine vient du Peigneur. Le lac descend dans les espaces laissés par l’extraction du sel.
L’eau trouve un autre chemin
Une ouverture relie désormais le bassin aux galeries. L’eau s’y engouffre et dissout du sel sur son passage. L’ouverture s’élargit, le terrain se déstabilise, et les berges cèdent à leur tour.
Le forage devient le principal suspect : il aurait percé une galerie et mis le lac en communication avec la mine. Diamond Crystal accuse Texaco, qui conteste sa responsabilité. Les entreprises s’opposent sur l’emplacement du puits et les informations échangées avant les travaux.
À la surface, le niveau baisse jusqu’à découvrir la vase. En survolant les lieux à la fin de la journée, la journaliste locale Susan White distingue des barges, une installation de forage et un remorqueur dans le creux. Dans son témoignage à UPI, elle les compare à des jouets.
Le bassin reçoit pourtant encore de l’eau. Elle arrive par un canal qui devrait l’évacuer.
Le canal de Delcambre relie le Peigneur à la baie de Vermilion, puis au golfe du Mexique. Habituellement, l’eau s’écoule du lac vers la baie. Avec la baisse du niveau, le courant s’est inversé : il ramène de l’eau vers le Peigneur, où une chute se forme à son arrivée.
Le lac se vide dans la mine tandis que la baie l’alimente par le canal. Lorsque les espaces souterrains sont remplis, l’eau s’accumule de nouveau dans le bassin. Dès le lendemain, le niveau remonte.
Après le retour de l’eau
Les familles évacuées attendront encore plusieurs jours avant de pouvoir rentrer. Il faut vérifier que le terrain se stabilise. L’autorisation arrive pour Thanksgiving, une semaine après l’accident.
Les salariés de Diamond Crystal cherchent, eux, du travail ailleurs. L’entreprise contacte les services de l’emploi et les employeurs locaux. La mine dans laquelle les hommes sont descendus le matin du 20 novembre est perdue.
Aucun mort ni blessé n’a été signalé. Les foreurs ont quitté leur plateforme, les mineurs ont évacué les galeries et les pêcheurs ont gagné la terre à temps.
Le lac finit même par rendre une partie de ce qu’il avait avalé : neuf des onze barges remontent à la surface.
Sources et vérifications
- Université de Louisiane à Lafayette, archives du désastre : installation engloutie, dissolution du sel et barges remontées.
- Stafford et al., étude des évacuations minières, 2023, section 6.3 : alerte souterraine et sortie des mineurs.
- UPI, reportage du 21 novembre 1980 : témoignages des pêcheurs et de Susan White.
- UPI, autre dépêche du 21 novembre 1980 : canal et remplissage du lac.
- UPI, 24 novembre 1980 : emplois perdus.
- UPI, 28 novembre 1980 : retour des habitants.
- UPI, accord du 7 juillet 1983 : règlement entre les entreprises et désaccords sur la cause.
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